La crise des 25 ans n'est pas un mythe / Quarter life crisis isn't a myth

Article initialement publié en Janvier 2016

Article initially published in January 2016

Il y a un an (en 2015) j'étais à Paris, à la tête de ce que je croyais être ma nouvelle vie. CDI, appart, fashion week, verres, soirées, coups de téléphone, retours en taxis. Ma vie c'était le boulot, le métro et parfois des soirées. Ma vie c'était créer de la noto, faire des posts, jongler avec des influenceurs, vivre au rythme des défilés. Ma vie c'était courir d'un bout à l'autre de Paris. A force d'avoir une vie je n'en ai plus eu et tout s'est résumé à un grand point d'interrogation. 

Le jour de mes 25 ans je pensais "ça y est la vraie vie commence. Ca y est enfin je vais faire tout ce dont je rêve". Et puis rien ne s'est passé comme prévu. Et j'ai découvert que la vie, en fait, ne venait pas de commencer. Que ça faisait bien longtemps qu'elle avait débuté. J'ai petit à petit perdu pied et je suis rentrée brusquement dans la crise des 25 ans. Ou plutôt, elle m'a bousculée, cette crise discrète et méconnue que certains surnomment la "quarter life crisis".


One year ago (in 2015), I was in Paris, living what I thought would be my new life. Long term contract, flat, fashion week, afterworks, phonecalls and private drivers to get home. My life was all about creating notoriety, create posts, play with influencers, follow the rhythm of catwalks. My life was spent running everywhere in Paris. And running so much made me lost sight of my life and I ended up with big questions in my head.

On my 25th birthday I thought “this is it, real life is starting here, I am finally doing what I was always dreaming about”. And nothing went as planned. I discovered that, in fact, my life didn’t just start. It had started a long time ago. I lost myself and suddenly fell in the quarter life crisis. No, I didn’t fell, it bumped in me, this unknown quarter life crisis.


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Quarter life crisis 

Quarter life crisis, quésaco ? La crise du "quart de vie" en français, c'est tout simplement la fin de la prime jeunesse pour entrer dans l'âge adulte. Elle arrive moment où l'on est sensé entrer dans la vie professionnelle, être indépendant, autonome, avoir trouvé sa voie. Elle arrive quand on ne remplit pas certains de ces points et/ou que l'on se questionne. On se questionne sur le sens de tout ça. Où va-t-on ? Qui est-on ? Pourquoi fait-on tout cela ?

La crise des 25 ans c'est quand nos idéaux rencontrent la réalité et que ça fait BOUM. C'est quand l'équilibre est difficile à trouver et que les questions restent sans réponse. Ce n'est pas un caprice ou une flemme mais une remise en question de soi-même, de sa vie, ses rêves, son avenir. Face à l'immensité des possibles c'est trouver sa voie. Et surtout trouver la réponse à la question : qu'est ce que JE veux vraiment ? Terrifiante interrogation car quelque soit la réponse elle signifiera qu'il faudra renoncer à certaines possibilités.

Tout le monde n'a pas 25 ans de la même façon : il y en a qui achètent, font construire, ont des enfants, se marient, sont en CDI, d'autres qui sont en coloc, locataires, baroudeurs, certains sont freelances en couple, d'autres célibataires à la recherche du boulot de leur rêve. Avoir 25 ans c'est différent pour chacun, parfois c'est chouette, parfois c'est galère.  Parce que ce n'est pas en phase avec les attentes que l'on avait, celles des parents, de la société. Parfois cela remet en cause tout ce qu'on pensait vouloir. Pour moi ça a été une grosse remise en question.


Quarter life crisis 

Quarter life crisis, what is this? It is just the end of youth to enter the adult age. It happens when you are supposed to start your career, when you’re supposed to know where you’re going and be autonomous. It happens when some of the above criterias are not filled and/or when you are questioning it. You are wondering about the meaning of it all: where are you going? Where are you? Why are you doing all this?

The quarter life crisis happens when dreams meet reality and it’s clashing. It is when balance is hard to find and questions say unanswered. It’s not a whim or laziness, it is a phase during which you question your life, your dreams, your future. And facing the infinite number of possibilities it is trying to find your own path. And finding the answers to the most important question of all: what do I really want? Terrifying question because whatever the answer it means give up on other possibilities.

Not everybody is 25 the same way: some buy a property, other build a house, some have kids and other get married, some have a long term contract other have room mates, some rent and some just hop from places to places, some are freelances in a relationship, other single looking for their dream job. 25 years old is different for everyone. Sometimes it is great, sometimes it is painful. Because it is not what we expected from it, it is not what our parents or society expected. Sometimes it shakes all we though we wanted. For me it rocked my world upside down.


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Perte de sens 

Tout a commencé par la perte du sens de ce à quoi que je consacrais ma vie. Je travaillais tout le temps. Sans voir le jour, ma famille et mes amis. Je ne vivais que pour le travail. Je me disais que ça finirait par se calmer et que là, j'en profiterais. Je me disais que c'était normal, un pli à prendre. Je me disais que je l'avais bien voulu. Mais petit à petit j'ai commencé à me demander la vie que j'avais envie de mener. Etait-ce celle là ?

Oui, je m'étais longtemps imaginée indépendante, cadre, bosseuse, occupée sans cesse. Sur le papier cette vie de parisienne surbookée me plaisait bien. Mais dans les faits je ne me ressemblais plus. Je ne reconnaissais pas cette fille qui rentrait chez elle à 23h tout les soirs pour se précipiter sous la douche avant de s'écrouler dans son lit. Je ne reconnaissais pas cette nana qui ne cessait de pianoter sur son téléphone pendant un brunch entre copines un dimanche. Ni celle qui fondait en larmes après un cours de zumba parce qu'une douzaine de messages urgent pour le travail était arrivé.

Cette fille ce n'était ni moi, ni celle que j'avais envie d'être. Cette vie n'était ni celle dont j'avais rêvé - rien d'étonnant car rêve et réalité sont souvent bien différents - mais surtout, surtout pas celle dont je voulais. J'ai commencé à perdre pied, à tout remettre en question. Je ne voulais pas abandonner ce boulot pour lequel je m'étais battue, par principe, par fierté. J'ai pris des jours de congés, pris le large pour souffler. Mais même avec du recul et beaucoup, beaucoup d'amour j'étais toujours noyée sous les questions.

Ce job a fini par manger ma vie, me manger tout court. Et je n'en voyais plus le bout. Je me demandais si c'était comme ça toujours, si j'avais trop rêvé en imaginant une vie équilibrée. J'ai tout remis sur le tapis. Tout tout tout. Les études, mes choix, ma personnalité, chacun de mes actes. Et puis j'ai arrêté, parce que je ne pouvais plus continuer comme ça. Je n'avais pas envie de vivre cette manière là. J'avais envie de me retourner dans quelques années et d'être fière, mais je n'avais pas envie pour cela de tout sacrifier. Finalement cette vie je n'en voulais pas. Je n'en pouvais plus.


Meaningless

Everything started losing meaning. I was spending my life without any sense of purpose. I was working all the time. Not seeing daylight, family or friends. I was living only for my job. I was telling myself it would eventually calm down and then I’ll enjoy it. I thought it was normal to live like that, just an habit to get into. I told myself I wanted it. But little by little I started to wonder what kind of life I wanted to live. Was it this one?

Yes, I saw myself as independent, strong, career woman, always busy. On paper this parisian overbooked life was dreamy to me. But on the ground I wasn’t myself anymore. I couldn’t recognize this girl coming back home at 11pm every night jumping under the shower before crashing in bed. I didn’t recognize this woman always texting during a brunch with friends on a Sunday. Nor I recognized this girl breaking in tears after a Zumba class because 12 urgent messages from work has arrived.

This girl was not me, and it wasn’t the kind of person I wanted to be. And this life was not the life I dreamt of - reality and dream are more than often very different - and it wasn’t either the life I wanted. And by questioning everything I got lost. I didn’t want to give up on this job I fought so hard to get, out of principle and ego. I took days off and went away to take a break. But even with this and surrounded by lots and lots of love I was still burdened by too many questions.

This job ended up eating my life and myself. I didn’t see an end to it anymore. I wondered if it was supposed to always be like this. If I dreamt too much, wanting a balanced life. I questioned everything again and again. My studies, my choices, my personality, each of my actions. I didn’t want to live this way. I wanted to look back in a few years and be proud of me, but I didn’t want it to be all about sacrificing. In the end I didn’t want this kind of life. I couldn’t cope anymore.


Questionnements

J'ai quitté ce boulot et cette entreprise (une longue et vaste aventure ) pensant prendre un peu de temps pour moi et pouvoir rebondir rapidement comme je l'avais fait jusque là. Que nenni. J'ai plongé dans une mare, que dis-je une mer de questions. Enfin, tout a commencé par beaucoup de repos, dormir, dormir, dormir. Ensuite, j'ai plongé dans les questions. Mais qui suis-je ? Cette parisienne ou la voyageuse ? Qui ai-je envie d'être ? Une fille posée et stable ou une femme qui se laisse surprendre par la vie ? Pouvais-je être tout à la fois ? Qu'ai-je envie de faire ? Où ai-je envie d'être ? Mais où vais-je ? Bref toutes les questions possibles et imaginables m'ont traversé la tête.

J'ai tout remis en question, je me suis dénigrée face à ces personnalités de moins de 30 ans les plus influentes désignées par Forbes, face à mes amies dont la carrière décollait, celles qui avaient trouvé leur équilibre. Je me suis demandé que faire ? J'ai exploré toutes les pistes : reconversion, méditation, réorientation, voyage. J'ai été dépassée par ce qui était possible, arrêtée par ce qui me paraissait impossible. Je me suis trouvée nulle d'être si perdue, je me suis demandée si j'étais la seule à me torturer.

J'ai découvert que non, qu'on était nombreux à ce stade de la vie à se demander, à rester coincés au carrefour du "où vais-je ?". Pour des raisons variées : un champs des possibles trop vaste, la peur du renoncement, l'impossibilité de se décider, la crainte de se tromper, l'envie de tout faire. Parfois toutes ces raisons en même temps. Alors comme ça, je n'étais pas seule, vingt-cinquenaire chanceuse ayant voyagé, fait des études, travaillé, ayant plein d'amis, une super famille mais pleine de question et comme bloquée, stoppée. Et déjà, savoir que je n'étais pas seule m'a permis d'avancer. Non, je n'étais pas un cas unique, je me posais juste des questions poussée par l'envie de vivre ma vie et pas celle de quelqu'un d'autre. Je me questionnais non pas pour ne plus rien faire mais au contraire pour faire plus !


Questions

I left the job and the company (long story), thinking I would take time for myself and quickly move on as I always did. That was a mistake. I dive in a pool, no a sea of questions. It all started with a lot of sleep. Sleep, sleep, sleep. And I jumped in the ocean of questions. Who am I? The Parisienne or the traveller? Who do I want to be? A stable girl or a woman getting surprised by life? Could I be everything at the same time? What do I want to do? Where do I want to be? Where am I going? All these questions crossed my mind.

I questioned everything and I belittled myself when reading the 30 under 30 most influential people in Forbes, I belittled myself in comparison to my successful friends, to my balanced friends. I wondered what I could do. I explored many options: changing job, meditation, changing career, traveling. I got overwhelmed by all the possibilities, stopped by all that seemed impossible. I felt bad and lost, I wondered if I was the only one.

I discovered that I wasn’t. That we were a lot of 25 years old stuck at the crossing, wondering what should their next move be. For various reasons: to many possibilities, scared of letting go, unable to make a decision, the fear to make a mistake, the need to try it all. Sometimes for all these reasons. So, I wasn’t the only lucky 25 years old, loved, well travelled, with lots of friends and full of questions, stuck. And knowing I wasn’t the only one really helped. No, I wasn’t the only one and my questions were fed by a need to live my life and not someone else’s. My questions weren’t meant to do less, quite the contrary it was to do more.


 

Des décisions, de la prise de conscience

Après être restée bloquée un long moment j'ai commencé à avancer, à petit pas. Parce que ce qui m'avait menée à cette crise c'était le manque de sens, et la cohérence entre mes rêves et la vie que je voulait mener. Et qu'il était certain que rester dans le canapé de ma mère à pleurer sur mes questions ne faisait pas partie de mes envies. Tout doucement j'ai démêlé les fils pour comprendre qui j'étais, retrouver celle qui s'était un peu perdue, mes rêves. Je me suis écoutée, je me suis laissé le temps.

J'ai pris conscience que j'avais le choix - et quel luxe - mais qu'il n'était pas nécéssaire de faire peser sur chaque décision le poids du reste de ma vie. J'ai réalisé que quelque soit l'image fantasmée que j'avais de moi, quelque soit ce que la société attendait de moi, quelque soit ce que je pensais que mes parents attendaient de moi, au final j'étais la seule à décider de ma vie. A choisir et à en vivre les conséquences. J'ai compris que je pouvais me tromper, mais que je pouvais aussi réussir. Que finalement je pouvais être moi.

J'ai mis un an, un tout petit peu moins, à digérer mes 25 ans. La crise des 25 ans je l'ai prise de plein fouet. La crise des 25 ans n'est pas un mythe. Ca a été une année chaotique en tous points. Il y a un an je n'y aurais certainement pas cru si vous m'aviez dit tout ce qui allait m'arriver. L'année de mes 25 ans a tout remis en question. Je ne suis toujours pas parfaitement en phase avec moi-même. Je ne sais pas exactement où je vais, et quand on me demande je dis que c'est une surprise. Ma vie est un peu bancale.  Avec des hauts et des bas. Mais elle me ressemble. Et je vis. Comme je veux. J'ai 26 ans demain et j'en suis très heureuse, par ce que l'année de mes 25 ans m'a amenée jusqu'ici.

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Making decision and being aware

After staying stuck for a little while I started moving, little by little. Because what led me to this crises was the lack of purpose, the need for consistency between my dreams and the life I wanted to live. For sure staying in mum’s couch crying day after day wasn’t on the list. Slowly I untangled the strings to understand who I was and found the lost girl in me, reconnect to my dreams. I listened to myself and waited.

I understood that the choice was mine - and what a luxury- and that it wasn’t necessary to make each decision a crucial factor for the rest of my life. I realized that whatever was the image I thought I had, whatever society expected from me, I was the only one who could decide who I wanted to be. To chose and deal with the consequences. I understood I could be wrong and I could succeed. Finally I could be myself.

It took me a year, a little less than a year, to digest my 25th birthday. I went through a tough quarter life crisis. And had you told me in advance I probably wouldn’t have believed you. My 25th years put everything into perspective, questioned everything. I’m still not perfectly aligned. I still don’t really know where I am going and when I am asked this question I say it’s going to be a surprise. My life is wobbly. With ups and downs. But it is mine and I am living it. i’m about to turn 26 and I am very happy I went through this.


 A quelques mois de mes trente ans je ne sais toujours pas exactement où je vais, mais je suis heureuse.

A few months before my 30th birthday I still don’t know exactly where I am heading to. But I am happy.

Cloé AuneauComment